Gestion Mentale :

DES VALEURS // DES CONCEPTS // DES PRATIQUES

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Un conte

Une autre manière de dire la gestion mentale.

Le conte qui suit fait partie du livre Apprends à apprendre en français , 16-20 ans, de Pierre-Paul Delvaux et Nicole Colem, publié aux éditions VAN IN, 2002 (site : www.vanin.be et courriel : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.) . Il est reproduit ici avec l'accord des éditions Van In.

Ce conte est sérieux comme tous les contes dignes de ce nom. Il est souvent mystérieux voire même énigmatique. Cela peut être pour toi une occasion de t'interroger sur ce que tu vis dans l'apprentissage, c'est sans doute aussi l'occasion d'ouvrir un débat avec tes condisciples et tes professeurs.

Il était une fois un homme ou une femme, ce sera comme tu veux… et cet homme avait une passion : son jardin et son verger. Il s'était initié à la culture et les moments qu'il passait là étaient pour lui agréables et essentiels.
Or, un jour du mois d'août qu'il passait, en coup de vent, près de ses arbres et de ses plants, il eut l'idée de tâter les fruits et les légumes. Ceux-ci étaient beaux, luisants, appétissants mais au toucher, ils étaient durs, froids et très lourds. Notre homme s'est pincé, croyant qu'il rêvait, mais il a finalement dû se rendre à l'évidence : ses légumes et ses fruits s'étaient purement et simplement pétrifiés ! Il a retourné ses livres sans trouver un mot d'explication. Il a essayé de demander conseil et on l'a pris pour un fou… Alors il s'est arrêté et a réfléchi… Pour une fois qu'il s'arrêtait…
Il était assis sous le plus vieil arbre de son jardin quand tout à coup un grand oiseau s'est posé dans l'arbre :

- Je sais ce qui te tracasse… Tu dois partir sur la mer. Là, tu trouveras des vergers à celui-ci semblables, des arbres à celui-ci semblables et des oiseaux à moi semblables, ce sont mes frères… Va et apprends tout ce que tu peux apprendre…
- Mais je ne sais pas naviguer ! Comment vais-je me repérer dans toute cette aventure? On m'a dit que les étoiles peuvent m'indiquer le chemin. On m'a dit qu'il y avait partout des signes qui pourraient me soutenir. Certains disent même que ma légende personnelle est écrite quelque part…
- Rien n'est écrit. C'est toi qui es à même d'écrire ton histoire. Bien sûr, tu n'es pas né nulle part, mais tu es capable de donner sens à ce qui t'arrive.
- C'est un travail énorme…
-C'est un travail passionnant, tu verras. Le monde est à découvrir et à inventer, le monde extérieur et le monde intérieur. Le monde intérieur c'est, entre autres, ta façon d'apprendre. Ce voyage au-delà des mers, si tu l'entreprends et si tu es attentif à ce que tu fais…, ce voyage t'apprendra pourquoi les fruits se sont pétrifiés.
- Tu le sais ! Dis-le moi !
- Non, je ne le sais pas. Je ne fais pas semblant. Le sens est à construire et il n'y a rien d'écrit. Il n'y aura rien d'écrit pour toi sinon par toi… 

Et notre homme est parti. Rien n'aurait pu l'arrêter. Il voulait connaître la clé de l'énigme des fruits pétrifiés. Et il prendrait les moyens ! Coûte que coûte !
Il est arrivé au bord de la mer. Il s'est engagé comme matelot débutant. Il avait passé l'âge d'être mousse. Le capitaine n'était pas bavard comme tous les vieux loups de mer, ses compagnons non plus. L'homme a beaucoup observé, mais il avait peine à retenir l'essentiel. En fait il ne savait pas quoi regarder, sentir, écouter. Il devait avoir l'air malheureux car un jour le capitaine lui a parlé. Sa voix était une voix de basse-taille. Elle avait quelque chose de rassurant. "Ce marin est déjà allé loin", pensa notre homme… Et le capitaine lui a dit le savoir du marin, le marin qui n'a pas besoin de cartes marines.

- Elles sont là parce que les assurances l'exigent… mais moi je me fie plus au vent, à la couleur changeante des flots, au parfum de sel quand le jour se lève… Pour observer tout cela, tu dois…

Le capitaine était intarissable… Mais, maintenant notre homme savait ce qu'il devait regarder, sentir, écouter, …
- Tu as vraiment envie d'apprendre, continua le capitaine, mais comment fais-tu pour fixer tout cela ?

Sans attendre sa réponse, il enchaîna :
- Moi, je vois tout dans ma tête. Comme au cinéma, mais en plus précis et puis je peux faire défiler les images au ralenti ou même à l'envers… Ce qui compte c'est travailler dans sa tête… Comme tu le veux, mais avec précision…
- Moi, je crois que je me parle et j'aime aussi me souvenir du mouvement…
- Hum ! dit le capitaine.

Il a souri et notre homme a reçu ce sourire comme un encouragement. Il se sentait … heureux, oui ! heureux, tout simplement…

- Nous arriverons bientôt dans l'île que tu cherches.

Quelques jours plus tard, ils sont arrivés en effet au large de l'île des signes. Notre homme est descendu seul à terre. Il a trouvé un verger au premier semblable, un arbre au premier semblable et dans l'arbre un oiseau au premier semblable.

- Tu as remarqué qu'ici les arbres portent non des feuilles mais des lettres, dit l'oiseau sans préambule.
- Oui, mais qu'est-ce que cela veut dire ?
- C'est toi qui dois les assembler, c'est toi qui peux leur donner sens.
- Comme ça, n'importe comment ?
-Non, ces lettres groupées sur une branche sont comme les atomes crochus, ils sont faits pour s'assembler. C'est comme pour les mots d'un texte ou pour les idées.
- Oui, mais parfois, on n'y arrive pas.
- Alors, il faut recommencer. Et si la difficulté persiste, il faut se donner la permission de construire un ordre différent…

L'homme a beaucoup réfléchi. Il s'est longuement promené. Il a compris que pour construire le sens complexe, il faut chercher les fameux petits "crochets"… C'est ainsi qu'il est tombé sur le mot ARC… L'oiseau est intervenu:

- Pour toi qu'est-ce que cela signifie ?
- C'est l'instrument du chasseur.
- Bien sûr, mais encore…? Dis-toi qu'il y a souvent plusieurs sens aux choses et aux signes anciens et profonds.
- C'est… C'est aussi semblable à une lyre.
- Oui, on dit que tous les instruments de musique en dérivent. Et ce n'est pas tout : Ulysse tendit alors le grand arc et en fit vibrer, de sa main droite, la corde qui chanta belle et claire comme un cri d'hirondelle… Et l'oiseau lui a aussi raconté l'arc de Tristan, "l'arc qui jamais ne faut" et ils se sont mis à rêver de l'arc en ciel…
- Mais où s'arrêter ?
- …
- Je crois que je suis prêt maintenant à continuer ma route. Merci pour tout.

Il est remonté à bord et le navire est aussitôt reparti. Le capitaine ne disait rien, mais son visage dégageait quelque chose d'encourageant.

Quelque temps plus tard, ils ont abordé l'île aux énigmes. Notre homme a trouvé un verger aux autres semblable, un arbre aux autres semblable et, dans l'arbre, un oiseau aux autres semblable…
- L'île aux énigmes est une épreuve apparemment plus difficile que la première. Prends en main un de ces casse-tête !
Notre homme a pris en main cet assemblage de petits morceaux de bois imbriqués les uns dans les autres… Le but était de le démonter.

- En fait, il faut du temps et de la méthode : il faut que tu suives un certain ordre. Si tu le retiens, la chose deviendra vite aisée…

Et il s'y est mis.
- Et cette poupée russe, par exemple ?
- Tu sais bien qu'à l'intérieur il y en a une plus petite, et quand tu as en main la plus petite, il faut opérer un retournement mental et te dire que ce que tu vois de la terre correspond à la plus petite poupée…
- Je ne comprends rien à ce que tu dis !
- Continue ton chemin. Sache seulement que le danger c'est de s'arrêter, c'est cela qui pétrifie les fruits, mais aussi le cœur…

Notre homme a continué sa route. Gageons qu'il cherche encore…

Plus la vie pose de questions, plus elle mérite d'être vécue… nous dit un sage du Cameroun.