Gestion Mentale :

DES VALEURS // DES CONCEPTS // DES PRATIQUES

La phrase du mois

Les siècles précédents ont toujours cru ...

en un futur, soit répétitif soit progressif. Le xxe siècle a découvert la perte du futur, c'est-à-dire son imprédictibilité. Cette prise de conscience doit être accompagnée par une autre, rétroactive et corrélative : celle que l'histoire humaine a été et demeure une aventure inconnue. Une grande conquête de l'intelligence serait de pouvoir enfin se débarrasser de l'illusion de prédire le destin humain. L'avenir reste ouvert et imprédictible. Certes, il existe des déterminations économiques, sociologiques et autres dans le cours de l'histoire, mais celles-ci sont en relation instable et incertaine avec les accidents et aléas innombrables qui font bifurquer ou détourner son cours.
Les civilisations traditionnelles vivaient dans la certitude d'un temps cyclique dont il fallait assurer le bon fonctionnement  par des sacrifices parfois humains. La civilisation moderne a vécu dans la certitude du progrès historique. La prise de conscience de l'incertitude historique se fait aujourd'hui dans l'effondrement du mythe du Progrès.  Un progrès est certes possible, mais il est incertain. A l'incertitude du futur s'ajoutent toutes les incertitudes dues à la vélocité et à l'accélération des processus complexes et aléatoires de notre ère planétaire que ni l'esprit humain, ni un superordinateur, ni aucun démon de Laplace ne sauraient embrasser.  (Edgar Morin, Les sept savoirs nécessaires à l'éducation du futur, Seuil, 2000, p.95-96)